STRATÉGIE D’ACTION CLIMATIQUE D’ADEID
Pour une Croissance Verte, Équitable et Durable en Afrique Centrale
Document cadre – Version 2.0 (Améliorée) | Mars 2025
Préambule : Qui sommes-nous ?
Depuis 1990, ADEID (Action pour un Développement Équitable, Intégré et Durable)
accompagne les communautés vulnérables d’Afrique Centrale dans leur transformation face
aux défis climatiques. Nous sommes une organisation de la société civile camerounaise,
reconnue pour notre expertise technique, notre ancrage communautaire et notre capacité à
innover.
Notre expérience s’appuie sur des projets structurants : le projet Jangui Green Digital Invest
(JGDI) , notre engagement dans les processus REDD+ (paysages du Mbam et Kim, BapouBana), notre contribution à la conservation de la biodiversité (Mont Nlonako, Parc Marin de
Campo), et notre implication directe dans la révision de la Contribution Déterminée au niveau
National (CDN) du Cameroun en partenariat avec le PNUE et le Ministère de l’Environnement.
La présente stratégie formalise notre approche éprouvée, qui allie adaptation, atténuation et
développement économique inclusif. Elle est conçue pour guider nos actions, rassurer nos
partenaires (notamment le Green Climate Fund, CAFI, l’Union Européenne) et servir de base
à un passage à l’échelle de nos solutions.
1. Notre Vision et Notre Mission
1.1. Notre Vision
Nous envisageons un avenir où les communautés rurales d’Afrique Centrale, premières
victimes des changements climatiques, en sont les premières architectes de solutions. Un
avenir où la lutte contre la pauvreté et la préservation de l’environnement ne sont plus des
objectifs antagonistes, mais les deux faces d’une même pièce : une croissance verte, équitable
et durable.
1.2. Notre Mission
Accompagner les communautés vulnérables dans une transformation systémique de leurs
modèles de développement, afin de générer des bénéfices durables pour les populations, le
climat et la biodiversité. Cette transformation repose sur un changement fondamental de
mentalité, passant d’un modèle de production et de consommation non durable (“business as
usual”) à une véritable “green business mindset”, où chaque action économique intègre et
valorise sa contribution environnementale.
1.3. Notre Contribution aux Objectifs de Développement Durable (ODD)
L’action climatique d’ADEID s’inscrit pleinement dans l’agenda 2030 des Nations Unies et
contribue de manière transversale à l’atteinte des Objectifs de Développement Durable (ODD).
Nous considérons que la lutte contre les changements climatiques (ODD 13) ne peut être
dissociée des efforts pour éradiquer la pauvreté (ODD 1), garantir la sécurité alimentaire (ODD
2), promouvoir l’égalité des sexes (ODD 5), assurer l’accès à une énergie propre (ODD 7) et
préserver la vie terrestre (ODD 15).
Notre approche intégrée EbA-LEDS génère des co-bénéfices qui se traduisent par une
contribution directe à plusieurs ODD :
ODD Contribution d’ADEID Exemples concrets
ODD 1 : Pas de pauvreté Création d’emplois verts et de sources de revenus durables pour
les communautés vulnérables. Les Tontines Vertes Communautaires (TVC) du projet
JGDI ont généré des revenus significatifs pour leurs membres (ex: 320 090 FCFA pour la TVC
de Pitoa).
ODD 2 : Faim “zéro” Amélioration de la sécurité alimentaire par des pratiques agricoles
résilientes et la réduction des pertes post-récolte. Introduction de séchoirs solaires et de
techniques agroforestières augmentant la productivité et la disponibilité alimentaire (ex: +6%
de rendement du manioc avec réduction de 35% des émissions).
ODD 5 : Égalité entre les sexes Autonomisation économique des femmes rurales et leur
participation aux instances de décision. Quota de 40% de femmes dans les comités de
gestion des projets, contrôle direct des revenus issus des pépinières et des tontines vertes.
ODD 7 : Énergie propre et d’un coût abordable Accès à l’énergie renouvelable pour les
communautés isolées. Construction de 12 microcentrales hydroélectriques
communautaires (le plus grand nombre réalisé par une ONG en Afrique subsaharienne) et
promotion de foyers de cuisson améliorés.
ODD 8 : Travail décent et croissance économique Création d’emplois verts pour les jeunes et
développement de l’entreprenariat vert. Programme CAMI (Champions, Ambassadeurs,
Mentors, Influenceurs climatiques) formant une nouvelle génération d’entrepreneurs verts.
ODD 10 : Inégalités réduites Ciblage des populations les plus vulnérables (femmes chefs de
famille, personnes déplacées, peuples autochtones). Approche inclusive avec des
critères de sélection basés sur la vulnérabilité et des mécanismes spécifiques pour les PAL
(FPIC, partage des bénéfices).
| ODD 12 : Consommation et production responsables et sobre en carbone, réduction des intrants chimiques. | Promotion de l’agriculture circulaire | ||
| Production | et | utilisation | de |
biofertilisants (compost, biochar, mycorhizes) et de biopesticides, réduisant la dépendance
aux engrais de synthèse.
ODD 13 : Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques Contribution
directe à l’atténuation (réduction des émissions GES) et à l’adaptation des communautés
vulnérables. -35% d’émissions sur 1200 ha de manioc, restauration des mangroves,
conservation des forêts sacrées, contribution à la révision de la CDN du Cameroun.
| ODD 15 : Vie terrestre | Protection et restauration des écosystèmes forestiers et de la |
| biodiversité. | Conservation du Mont Nlonako (espèces endémiques UICN), protection des |
forêts sacrées (diversité floristique supérieure de 30-40%), reboisement des berges et des
paysages.
ODD 17 : Partenariats pour la réalisation des objectifs Coordination de réseaux nationaux
et continentaux, partenariats avec les institutions gouvernementales et internationales.
Coordination de Ros4C (Réseau Climatique Cameroun), EBAFOSA Cameroun, AME
(Alliance Eau & Énergie), partenariat avec le PNUE et le Ministère de l’Environnement.
Notre approche de suivi : Pour chaque projet, nous identifions en amont les ODD pertinents
et définissons des indicateurs de suivi spécifiques. Notre Dashboard Carbone intègre
également des indicateurs sociaux et économiques (nombre d’emplois créés, revenus
générés, nombre de femmes formées, etc.) permettant de documenter notre contribution à ces
objectifs. Cette traçabilité renforce notre redevabilité envers les communautés et nos
partenaires financiers, tout en démontrant l’impact multidimensionnel de nos interventions.
2. Notre Approche Fondamentale : L’Intégration AdaptationAtténuation (EbA-LEDS)
L’originalité et la force de l’intervention d’ADEID résident dans l’intégration systématique de
deux approches complémentaires au sein d’un même projet. Cette méthodologie, reconnue
par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), permet d’obtenir des cobénéfices environnementaux et sociaux maximaux.
2.1. L’Adaptation basée sur les Écosystèmes (EbA)
Définition : L’utilisation de la biodiversité et des services écosystémiques pour aider les
communautés à s’adapter aux effets néfastes des changements climatiques (source :
Convention sur la Diversité Biologique).
En pratique chez ADEID :
• Restauration des écosystèmes dégradés : Reboisement des berges, protection des
forêts sacrées (ex: projet ADEID dans l’Ouest Cameroun, 2014-2019, où une diversité
floristique supérieure de 30-40% a été documentée), conservation des mangroves du Parc
Marin de Campo qui agissent comme des tampons naturels contre les inondations et l’érosion
côtière.
• Gestion durable des terres : Introduction de systèmes agroforestiers complexes dans
les cacaoyères (association d’arbres fruitiers, forestiers et légumineuses), utilisation de plantes
de couverture, et pratiques de semis direct pour améliorer la santé des sols et leur capacité
de rétention d’eau.
• Diversification des moyens de subsistance : Promotion de l’apiculture (amélioration de
la pollinisation et source de revenus), de l’aquaculture durable et de la collecte raisonnée des
produits forestiers non ligneux pour réduire la dépendance à une seule culture vulnérable.
2.2. Le Développement Sobres en Carbone (LEDS)
Définition : Une approche stratégique du développement économique qui vise à réduire
l’intensité d’émission de gaz à effet de serre tout en poursuivant les objectifs de croissance et
de réduction de la pauvreté.
En pratique chez ADEID :
• Énergies propres et renouvelables : Construction de 12 microcentrales
hydroélectriques communautaires (le plus grand nombre réalisé par une ONG en Afrique
subsaharienne), développement de fumoirs améliorés pour les poissons et les poulets
(réduction de la consommation de bois de 50%), et promotion de foyers de cuisson économes
en énergie.
• Agriculture circulaire bas-carbone : Production et utilisation de biofertilisants (compost,
biochar, mycorhizes) et de biopesticides, réduisant la dépendance aux engrais de synthèse
dont la fabrication et l’épandage sont fortement émetteurs de GES (nous avons documenté
une réduction de 35% des émissions sur 1200 ha de manioc).
• Optimisation de la chaîne de valeur : Réduction des pertes post-récolte grâce à des
séchoirs solaires, ce qui diminue l’intensité carbone du produit final (moins de gaspillage de
l’énergie et des intrants utilisés en amont).
3. Notre Groupe Cible et Notre Approche Conflits
3.1. Les Bénéficiaires Prioritaires
Nos critères de sélection, appliqués avec rigueur dans des projets comme JGDI, sont basés
sur une analyse approfondie de la vulnérabilité (économique, sociale et climatique). Nous
ciblons en priorité :
• Les petits producteurs agricoles (cultures de base comme le manioc, le maïs, le mil, le
riz, l’oignon) et les éleveurs, dont les moyens de subsistance dépendent directement de
ressources naturelles de plus en plus imprévisibles.
• Les communautés rurales marginalisées, incluant les personnes handicapées, les
personnes âgées, les veuves et les personnes déplacées, qui manquent de capital de
production et d’accès aux opportunités économiques.
• Les femmes chefs de famille, reconnues comme des piliers de la sécurité alimentaire
et des agentes de changement efficaces lorsqu’elles ont accès aux ressources et à la
formation.
• Les jeunes, en particulier ceux qui ne sont pas scolarisés, afin de transformer leur
vulnérabilité en opportunité en créant des emplois verts et en les formant aux nouveaux
métiers de l’économie durable (programme CAMI – Champions, Ambassadeurs, Mentors,
Influenceurs climatiques).
3.2. Notre Approche de Gestion des Conflits
Dans les zones d’intervention où les ressources naturelles sont rares ou soumises à une forte
pression, les risques de conflits (entre agriculteurs et éleveurs, entre communautés riveraines
d’aires protégées, ou liés à l’accès à l’eau) sont réels. ADEID intègre une approche proactive
de gestion des conflits.
Définition : La sensibilité aux conflits (“conflict sensitivity”) est la capacité d’une organisation à
comprendre le contexte dans lequel elle intervient, à comprendre l’interaction entre son
intervention et ce contexte, et à agir de manière à minimiser les impacts négatifs et maximiser
les impacts positifs sur les dynamiques de conflit (source : Conflict Sensitivity Consortium).
Notre méthodologie en quatre étapes :
1. Analyse du contexte et des dynamiques locales : Avant tout projet, nous réalisons un
diagnostic participatif incluant une cartographie des acteurs, une analyse des tensions
existantes (accès à la terre, à l’eau, aux pâturages) et une identification des mécanismes
traditionnels de résolution des conflits.
2. Conception inclusive des activités : Nous assurons que tous les groupes (y compris les
éleveurs transhumants, les femmes, les jeunes) sont représentés dans les instances de
concertation et de décision du projet.
3. Mise en place de mécanismes de dialogue et de médiation : Nous appuyons la création
ou le renforcement de comités de gestion de conflits au niveau villageois, formés à la médiation
et connectés aux autorités administratives et traditionnelles.
4. Suivi sensible aux conflits : Nos indicateurs de suivi incluent des “indicateurs de
cohésion sociale”, et nos équipes sont formées à détecter les signaux faibles de tensions pour
activer rapidement les mécanismes de dialogue.
4. Nos Piliers d’Intervention : Le Modèle des Villages Verts ClimatoIntelligents
Pour opérationnaliser notre approche EbA-LEDS de manière intégrée et visible, nous
déployons le concept de “Village Vert Climato-Intelligent” . C’est notre unité d’intervention de
base, un modèle de démonstration et d’apprentissage par l’action.
Définition : Un Village Vert Climato-Intelligent est une communauté rurale qui, à travers une
série d’investissements et de formations, a transformé ses pratiques de production, de
transformation et de gestion des ressources pour devenir résiliente aux chocs climatiques,
contribuer à l’atténuation des émissions de GES, et améliorer durablement les revenus et le
bien-être de ses habitants.
Pilier 1 : La Finance Inclusive Verte
• Les Tontines Vertes Communautaires (TVC) : Nous structurons et renforçons des
groupes d’épargne et de crédit existants (tontines) pour y intégrer une dimension
environnementale.
o Fonctionnement : Contributions financières régulières (39 000 à 212 000 FCFA
mobilisés par mois dans le projet JGDI), services d’épargne, caisse verte dédiée aux
investissements écologiques.
o Résultats : Financement de microprojets verts (pépinières, achat de biointrants, petits
élevages). Génération de revenus collectifs, par exemple via la vente de plants (les TVC de
Pitoa ont généré 320 090 FCFA de bénéfices).
o Bonnes pratiques : Lien systématique entre l’épargne et l’adoption de pratiques
durables. Les formations sur les techniques EbA-LEDS sont délivrées lors des réunions des
TVC.
Pilier 2 : La Production Durable et la Restauration des Écosystèmes
• Pépinières et agroforesterie : Production et distribution de plants d’espèces locales
(fruitiers, forestiers, fixatrices d’azote). Exemple : 26 800 plants produits par les TVC dans le
cadre du projet JGDI, avec 10 espèces vulgarisées et 66% des plants vendus.
• Gestion durable des sols : Formation et accompagnement à la production de compost,
de biochar et de biopesticides.
• Conservation de la biodiversité : Protection des habitats critiques (forêts sacrées,
mangroves) en impliquant les communautés et les peuples autochtones.
Pilier 3 : Les Énergies Propres et les Infrastructures Vertes
• Accès à l’énergie : Développement de microcentrales hydroélectriques et de solutions
solaires.
• Efficacité énergétique : Construction de fumoirs améliorés (réduction de la
consommation de bois de 50% – projet JGDI) et de séchoirs solaires pour réduire les pertes
post-récolte.
• Bonnes pratiques : L’introduction de fumoirs améliorés à Lagdo et Campo a non
seulement réduit la pression sur les ressources forestières, mais a aussi amélioré la qualité
du poisson fumé, permettant aux femmes de mieux le commercialiser.
Pilier 4 : L’Autonomisation Économique et l’Entrepreneuriat Vert
• Changement de mentalité : Formation à l’entrepreneuriat vert, encourageant à voir les
défis climatiques comme des opportunités commerciales (transformation des déchets,
écoconsulting, écocitoyenneté).
• Développement des chaînes de valeur : Accompagnement pour transformer,
conditionner et commercialiser les produits (cacao, miel, fruits transformés) sur des marchés
de niche.
• Programme CAMI (Champions, Ambassadeurs, Mentors, Influenceurs climatiques) :
Formation de jeunes leaders qui deviennent des ambassadeurs du green business mindset
dans leurs communautés et portent la voix des communautés dans les instances nationales
et internationales (COPs), en partenariat avec la Fondation Allemande friedrich Ebertet
EBAFOSA (www.ebafosa.org)
5. Notre Cadre de Gestion des Risques et des Sauvegardes
Environnementales et Sociales
En tant qu’organisation visant à opérer aux plus hauts standards internationaux, notamment
ceux du Green Climate Fund (GCF), ADEID applique une diligence raisonnable rigoureuse
pour anticiper, éviter et atténuer les impacts négatifs potentiels de ses interventions. Ce
chapitre détaille notre alignement sur les politiques de sauvegarde du GCF, notamment.
5.1. Les Normes Environnementales et Sociales du GCF
Le GCF a adopté une politique environnementale et sociale (Environmental and Social Policy)
qui s’articule autour de normes de performance (Performance Standards) inspirées de celles
de la Société Financière Internationale (SFI/IFC). En tant qu’entité cherchant à se conformer
à ces standards, ADEID intègre ces normes dans le cycle de vie de ses projets.
Les normes de performance pertinentes pour ADEID sont :
• PS1 : Évaluation et gestion des risques et impacts environnementaux et sociaux : C’est
la norme fondamentale qui exige une évaluation complète.
• PS2 : Conditions de travail et de travail : Garantir des conditions de travail décentes
pour les employés et les travailleurs communautaires.
• PS3 : Efficacité des ressources et prévention de la pollution : Notre travail sur les
biointrants et les énergies propres y contribue directement.
• PS4 : Santé, sûreté et sécurité des communautés : Inclut la gestion des risques liés
aux infrastructures et la préparation aux situations d’urgence.
• PS5 : Acquisition de terres et réinstallation involontaire : Bien que nos projets évitent
les déplacements, cette norme guide notre approche si l’accès aux ressources est restreint.
• PS6 : Conservation de la biodiversité et gestion durable des ressources naturelles
vivantes : C’est le cœur de notre approche EbA.
• PS7 : Peuples autochtones : Une norme cruciale pour nos interventions avec les
communautés Baka et Bagyeli.
• PS8 : Patrimoine culturel : Pertinent pour nos travaux dans les forêts sacrées.
5.2. Notre Processus d’Évaluation Environnementale et Sociale (EES)
Conformément au PS1, nous appliquons un processus d’évaluation proportionné à la nature
et à l’échelle du projet. Ce processus comprend :
1. Le Screening (Dépistage) : Dès la phase de conception, nous classifions le projet en
fonction de ses risques potentiels (Catégorie A – risques élevés, B – risques modérés, C –
risques faibles). Cette classification détermine le niveau d’évaluation requis.
2. L’Évaluation d’Impact Environnemental et Social (EIES) : Pour les projets de catégorie
B (et A si nous en avions), nous réalisons une étude approfondie impliquant des experts et
une large consultation des parties prenantes.
3. L’Élaboration d’un Plan de Gestion Environnementale et Sociale (PGES) : C’est le
document opérationnel qui décrit toutes les mesures d’atténuation, les responsabilités, le
calendrier et le budget pour gérer les risques identifiés.
4. La Consultation et la Participation des Parties Prenantes : Nous organisons des
réunions publiques, des focus groups et des entretiens pour informer les communautés,
recueillir leurs préoccupations et intégrer leurs suggestions dans la conception du projet.
5.3. Nos Politiques de Sauvegarde Spécifiques
Genre et Inclusion Sociale (PS1, PS2, PS4)
• Objectif : Assurer une participation équitable des femmes et que les bénéfices leur
parviennent directement.
• Mesures : Quotas de participation (minimum 40% de femmes dans les comités de
gestion des TVC), formations dédiées, analyse de l’impact différencié du projet sur les hommes
et les femmes.
• Bonnes pratiques : Dans le projet JGDI, les femmes des TVC contrôlent directement
les revenus issus de la vente des plants, ce qui a accru leur pouvoir de décision au sein du
ménage.
Droits des Peuples Autochtones (PS7)
• Objectif : Respecter les droits des peuples autochtones (Baka, Bagyeli) et garantir qu’ils
bénéficient des opportunités de développement.
• Mesures :
o Consentement Préalable, Libre et Éclairé (CPLE/FPIC) : Processus obligatoire avant
toute activité sur leurs terres. Nous documentons rigoureusement ce processus.
o Reconnaissance des savoirs traditionnels : Nous valorisons leurs connaissances en
écologie forestière et les associons comme co-chercheurs dans nos projets (ex: projet de
recherche sur les primates nocturnes avec les Baka).
o Mécanismes de partage des bénéfices : Les revenus générés par les projets
(écotourisme, PSE) sont reversés à des fonds communautaires gérés selon leurs structures
sociales.
• Bonnes pratiques : Dans la zone du Parc Marin de Campo, notre travail avec les
communautés Baka pour la surveillance des tortues marines et la sensibilisation des pêcheurs
a été mené avec un strict respect du FPIC et a permis de créer des emplois pour des jeunes
autochtones comme éco-gardes communautaires.
Protection du Patrimoine Culturel (PS8)
• Objectif : Protéger les sites sacrés (forêts sacrées, cascades, etc.) et les pratiques
culturelles associées.
• Mesures : Cartographie participative des sites sacrés en début de projet, définition de
règles d’accès strictes avec les chefs traditionnels, formation des guides locaux.
5.4. Notre Mécanisme de Gestion des Plaintes (MGP)
Un mécanisme transparent, accessible et culturellement adapté est mis en place pour toutes
les parties prenantes.
• Canaux : Boîtes à suggestions anonymes dans les villages, numéros de téléphone
dédiés, points focaux communautaires formés (hommes et femmes), permanences
mensuelles des équipes du projet.
• Processus : Enregistrement de la plainte, accuser de réception sous 48h, enquête et
résolution sous 15 jours, recours possible si insatisfaction. Toutes les plaintes sont
documentées et analysées pour améliorer le projet.
6. Notre Expertise en MRV et en Accès au Marché Carbone
Pour ADEID, “on ne réduit que ce que l’on mesure”. La crédibilité de nos résultats climatiques
repose sur un système robuste de Mesure, Notification et Vérification (MRV/MNV) .
Définition (MRV) : Processus visant à mesurer la quantité de gaz à effet de serre réduite ou
séquestrée par une activité, à notifier ces données dans un rapport et à les soumettre à une
vérification indépendante pour en garantir la crédibilité.
6.1. Notre Méthodologie de Calcul
Nous suivons les Lignes directrices 2019 du GIEC pour les inventaires nationaux de gaz à
effet de serre (niveau Tier 2, en utilisant des facteurs d’émission spécifiques à nos contextes
lorsque disponibles), complétées par l’approche de la FAO avec l’outil EX-Act (pour l’analyse
du cycle de vie des projets agricoles).
Exemple concret de calcul (issu de notre document de travail) :
Pour 1 ha de manioc avec 150 kg d’urée (46% N) et 80 kg de NPK :
1. Calcul des émissions de N2O (GIEC Vol.4 Chap.11) : Azote total =
(150×0.46)+(80×0.15) = 81 kg N. Emissions N2O = 81 kg N x 0.01 (facteur d’émission) x 298
(PRG du N2O) = 241 kg eqCO2.
2. Intégration du cycle de vie (FAO EX-Act) : Emissions liées à la fabrication des engrais
= (150+80) kg x 3.6 kg eqCO2/kg = 828 kg eqCO2.
3. Total : 241 + 828 = 1 069 kg eqCO2/ha.
6.2. Notre Système de Suivi : Le Dashboard Carbone ADEID
Pour assurer un suivi en temps réel et transparent, ADEID a conçu un outil de calcul et de suivi
des émissions GES basé sur Excel (conforme aux exigences potentielles du GCF et de CAFI).
Cet outil, détaillé dans nos spécifications techniques, est structuré en 10 onglets :
• Onglet 1 – Accueil : Interface de navigation.
• Onglets 3-5 – Saisie des données : Modules dédiés aux données agricoles, forestières
et opérationnelles (missions, électricité). Les cellules jaunes sont les seules modifiables par
les utilisateurs, garantissant l’intégrité des formules.
• Onglet 6 – Calculs Auto (protégé) : Contient toutes les formules de calcul (basées sur
le GIEC) et les tables de facteurs d’émission paramétrables.
• Onglet 2 – Dashboard : Visualisation dynamique avec :
o Indicateurs clés (KPI) : Émissions totales évitées, générées, bilan net, variation
annuelle.
o Graphique d’évolution temporelle : Courbes des émissions cumulées et barres du bilan
annuel.
o Graphique de répartition : Diagramme circulaire montrant la contribution de chaque
activité (mangroves, engrais évités, biochar, etc.) au bilan carbone total.
o Filtres dynamiques : Par année, par type d’activité, par zone géographique.
• Onglet 7 – Résultats Annuels : Tableau détaillé des émissions par année et par code
activité.
• Onglet 9 – Rapport PDF : Génération automatique de rapports professionnels prêts à
être partagés avec les bailleurs.
6.3. Notre Stratégie d’Accès au Marché Carbone
ADEID considère le marché carbone comme un levier potentiel pour financer la transition des
communautés, à condition qu’il soit abordé avec intégrité et transparence.
Définition : Un marché du carbone est un système d’échange où des crédits carbone
(représentant une tonne de CO2 évitée ou séquestrée) peuvent être achetés et vendus. Les
marchés peuvent être volontaires (entreprises compensant leurs émissions) ou réglementés
(systèmes d’échange de quotas d’émission).
Notre position : Nous ne voyons pas le marché carbone comme une fin en soi, mais comme
un outil au service de notre mission. Nous nous engageons à :
1. Construire des projets avec des bénéfices pour les communautés : La génération de
crédits carbone doit être un co-bénéfice d’un projet de développement qui a déjà du sens pour
les populations.
2. Garantir un partage juste et transparent des revenus : Conformément au PS5 et au
PS7, nous mettons en place des mécanismes clairs de partage des bénéfices avec les
communautés.
3. Recourir à des standards robustes : Nous visons la certification selon les standards
internationaux les plus reconnus pour garantir l’additionnalité et l’intégrité de nos crédits (ex:
Verified Carbon Standard (VCS) de Verra ou Gold Standard).
4. Assurer un suivi MRV rigoureux : Notre Dashboard Carbone est l’outil qui nous
permettra de fournir les données nécessaires à la vérification par un tiers indépendant.
Exemple de projet potentiel : Dans le cadre de notre projet REDD+ dans le paysage du Mbam
et Kim, nous explorons la possibilité de certifier les réductions d’émissions issues de la
déforestation évitée, afin de générer des revenus supplémentaires pour les communautés
gestionnaires des forêts communautaires.
7. Conclusion : Une Ambition de Passage à l’Échelle, Alignée sur les Standards Internationaux
La stratégie d’ADEID a prouvé son efficacité à travers plus de trois décennies d’actions et des
résultats tangibles : la construction de 12 microcentrales, la transformation de plus de 10 000
hectares de terres, une réduction de 35% des émissions sur 1200 hectares de manioc, des
milliers de femmes et de jeunes formés et autonomisés.
Notre ambition est désormais de passer à l’échelle. Pour cela, nous nous engageons
résolument à :
1. Renforcer nos capacités institutionnelles pour répondre pleinement aux exigences de
gestion fiduciaire et de sauvegarde des grands fonds comme le Green Climate Fund (GCF).
2. Développer des notes conceptuelles et des propositions de financement bancables qui
combinent financement climatique, développement communautaire et impact mesurable, en
utilisant notre approche éprouvée EbA-LEDS et notre Dashboard Carbone.
3. Essaimer notre modèle des “Villages Verts Climato-Intelligents” et des “Tontines
Vertes” dans d’autres pays d’Afrique Centrale, en nous appuyant sur les réseaux que nous
coordonnons (Ros4C, EBAFOSA, AME).
Notre vision est claire : faire de la résilience climatique non pas une contrainte, mais un moteur
de croissance économique inclusive et de transformation sociale pour les communautés les
plus vulnérables d’Afrique. ADEID est prête à franchir ce nouveau cap avec des partenaires
techniques et financiers partageant cette ambition, en opérant avec la rigueur, la transparence
et l’équité que requièrent les plus hauts standards internationaux.
8. Références et Sources
1. ADEID. (2013). *Rapport final du Programme de conservation de la faune du Mont
Nlonako (2008-2013)*. Nkongsamba.
2. ADEID. (2019). *Conservation des forêts sacrées de l’Ouest Cameroun : rapport
d’étude de la diversité floristique (2014-2019)*. Bafoussam.
3. ADEID. (2023). Projet Jangui Green Digital Invest (JGDI) – Rapport d’étape et
présentation des résultats. Yaoundé.
4. ADEID. (2025). *Spécifications Techniques Dashboard Excel ADEID : Outil de Calcul
et Suivi des Emissions GES – Version 1.0*. Bafoussam.
5. ADEID. (2026). Expertise de ADEID en Matière de Transition écologique dans la culture
du CACAO Zéro déforestation. Document de travail pour le FEDECC. Bafoussam.
6. Banque Mondiale. (2025). Cameroun – Country Climate and Development Report
(CCDR). Washington D.C.
7. Green Climate Fund. (2021). Environmental and Social Policy. GCF, Incheon.
8. Green Climate Fund. (2023). *Updated Strategic Plan for the GCF 2024-2027 (USP-
2)*. GCF/B.36/13. Incheon.
9. GIEC. (2019). Lignes directrices 2019 pour les inventaires nationaux de gaz à effet de
serre. Volume 4 : Agriculture, foresterie et autres affectations des terres.
10. MINEPDED. (2025). Évaluation Nationale de la Biodiversité et des Services
Écosystémiques (NBESA) – Rapport final. Yaoundé.
11. PNUE & ADEID. (2024). Guide pratique pour l’intégration de l’approche EbA-LEDS
dans les projets de développement communautaire en Afrique Centrale. Nairobi/Yaoundé.
12. Verra. (2025). Verified Carbon Standard (VCS) Program Guide v5.0. Washington D.C.